Pour de nombreux troubles musculo-squelettiques, l’exercice fait aujourd’hui partie des traitements recommandés en première intention. Encore faut-il qu’il soit adapté, dosé et encadré, et non pratiqué au hasard. C’est ce que recouvre notamment le terme exerthérapie.
Cet article explique ce qu’est l’exerthérapie, à qui elle s’adresse, comment se déroule un programme, ce que la recherche a réellement mesuré, et ce que couvre l’assurance en Suisse.
L’essentiel
- L’exerthérapie est une rééducation par l’exercice adapté, progressif et supervisé. Ce n’est pas un programme de fitness.
- Elle repose notamment sur trois piliers : un bilan initial, un programme individualisé, une progression régulièrement évaluée.
- Chez les personnes souffrant d’arthrose du genou, l’exercice peut réduire la douleur et améliorer la fonction de manière cliniquement pertinente.
- Les données disponibles n’indiquent pas que l’exercice thérapeutique adapté abîme le cartilage. Au contraire, le maintien de la force et des capacités fonctionnelles joue un rôle important dans la santé articulaire.

Qu’est-ce que l’exerthérapie exactement ?
L’exerthérapie est la prise en charge d’un problème musculo-squelettique par un programme d’exercices adaptés, progressifs et supervisés. Le mot correspond à ce que la littérature internationale appelle exercise therapy. Plusieurs éléments la distinguent d’une simple activité physique :
- Un programme individualisé. Le programme découle d’un bilan (force, amplitude, équilibre, douleur), pas d’un catalogue standard.
- Une dose adaptée. La charge, le nombre de répétitions, la fréquence et la durée peuvent être définis et ajustés en fonction des objectifs et de la progression.
- Une supervision. Un professionnel corrige l’exécution, ajuste la charge et accompagne la progression.
Le terme « exerthérapie » n’est pas réglementé en Suisse. Il désigne une méthode, pas un titre professionnel. La manière dont elle est mise en œuvre peut donc varier selon les structures. Chez Dr.E., elle repose sur un bilan fonctionnel initial, un programme individualisé, des mesures régulières de la progression et un encadrement médical.
Quelle différence avec la physiothérapie classique, et avec le fitness ?
L’exerthérapie est une forme de physiothérapie, pas une discipline concurrente. La différence tient principalement à la place de l’exercice dans la prise en charge. La physiothérapie couvre un champ large : thérapie manuelle, massages, drainage, techniques antalgiques, rééducation respiratoire ou vestibulaire. En exerthérapie, l’exercice actif constitue le cœur de la prise en charge. L’objectif est de développer progressivement les capacités nécessaires au patient : force, mobilité, équilibre, endurance ou contrôle du mouvement.
Avec le fitness, la différence est d’un autre ordre. Le fitness vise principalement l’amélioration de la condition physique générale. L’exerthérapie répond à un objectif de santé, part d’un bilan fonctionnel et se déroule sous la supervision d’un physiothérapeute. Chez Dr.E., elle bénéficie également d’un encadrement médical qui permet de relier le programme au diagnostic et, le cas échéant, à une intervention chirurgicale.
À qui s’adresse l’exerthérapie ?
L’exerthérapie peut être indiquée dans différentes situations ayant en commun la nécessité de retrouver ou d’améliorer certaines capacités physiques.
- Après une opération orthopédique. Prothèse de genou ou de hanche, reconstruction ligamentaire, chirurgie de l’épaule. L’exercice progressif encadré accompagne la récupération fonctionnelle. Nous détaillons le cas du genou dans notre article sur la rééducation post-opératoire du genou.
- Arthrose du genou et de la hanche. Les recommandations internationales classent l’exercice structuré parmi les traitements de base de l’arthrose et recommandent généralement les approches non chirurgicales en première intention (OARSI, 2019).
- Tendinopathies. Tendon d’Achille, tendon rotulien, coiffe des rotateurs. La mise en charge progressive fait partie des principales approches thérapeutiques pour de nombreuses tendinopathies. Un repos prolongé peut favoriser le déconditionnement.
- Retour au sport après une blessure. Rééducation, puis critères objectifs de retour au sport et prévention des récidives.
- Perte musculaire liée à l’âge et prévention des chutes. La force et l’équilibre se mesurent et se travaillent. Chez les personnes âgées vivant à domicile, les programmes d’exercice réduisent le nombre de chutes d’environ un quart (Sherrington et al., Cochrane, 2019). Le renforcement musculaire peut également être particulièrement intéressant à certaines périodes de la vie, notamment autour de la ménopause, lorsque la préservation de la masse musculaire et osseuse devient un enjeu important.
Existe-t-il des contre-indications ? Oui. Certaines situations médicales aiguës ou instables, ainsi que certaines consignes post-opératoires, peuvent nécessiter d’adapter ou de différer certains exercices. Le bilan initial et, lorsque nécessaire, l’avis médical permettent de déterminer les modalités adaptées à chaque patient.
Comment se déroule un programme d’exerthérapie ?
Un programme structuré peut s’organiser autour de cinq étapes. La durée réelle dépend de l’indication et du niveau de départ.
- Le bilan initial. Tests de force, d’amplitude et d’équilibre, avec des valeurs chiffrées qui serviront de référence. Ces mesures permettent ensuite d’objectiver la progression au fil de la prise en charge.
- Un objectif fonctionnel. Monter un escalier sans se tenir, reprendre la course, retrouver l’amplitude d’une épaule. Les objectifs sont définis en fonction des besoins et des priorités du patient.
- Une prescription dosée. Charge, séries, répétitions, fréquence hebdomadaire, critères de progression.
- Des séances supervisées et une progression mesurée. Le programme est régulièrement ajusté en fonction de l’évolution du patient et des mesures réalisées.
- Une réévaluation, puis la transition vers l’autonomie. Les mêmes tests qu’au départ permettent d’évaluer la progression et d’adapter le programme à poursuivre de manière plus autonome.

Que dit la recherche sur l’efficacité de l’exerthérapie ?
Les données sont particulièrement nombreuses dans certains domaines, notamment l’arthrose du genou.
Sur la douleur et la fonction. La revue Cochrane de référence, qui regroupe 54 études, conclut que l’exercice réduit la douleur de l’arthrose du genou d’environ 12 points sur une échelle de 100, et améliore la fonction physique d’environ 10 points, immédiatement après le traitement (Fransen et al., Cochrane, 2015). Les auteurs comparent cette ampleur d’effet à celle rapportée pour les antalgiques et anti-inflammatoires oraux. L’exercice présente par ailleurs l’avantage de pouvoir être poursuivi dans la durée et contribue également au maintien de la force et des capacités fonctionnelles.
Sur la supervision. La manière dont l’exercice est encadré et dosé peut influencer les résultats. Dans l’arthrose du genou, une méta-analyse a notamment observé des effets plus importants sur la douleur avec des programmes supervisés plus fréquemment (Juhl et al., Arthritis & Rheumatology, 2014). Cette analyse suggère également l’intérêt de programmes ciblés sur des objectifs précis.
Face à la chirurgie. Chez des adultes d’âge moyen souffrant d’une lésion dégénérative du ménisque, un programme d’exercice supervisé donnait à deux ans une fonction du genou comparable à celle obtenue après opération, avec un meilleur gain de force de la cuisse à trois mois (Kise et al., BMJ, 2016).
En conditions réelles. Le programme danois GLA, qui associe des séances d’éducation et un programme d’exercices supervisés, a été suivi sur des milliers de patients arthrosiques hors essai clinique. Les résultats rapportés montrent notamment une diminution de la douleur et une amélioration de la fonction (Skou et Roos, BMC Musculoskeletal Disorders, 2017).
L’exercice peut-il abîmer l’articulation ?
Les données disponibles sont rassurantes. Une revue systématique d’essais randomisés conclut que l’exercice thérapeutique n’a pas montré d’effet délétère sur le cartilage du genou chez les personnes à risque d’arthrose ou déjà atteintes, avec certains résultats suggérant même des effets potentiellement favorables sur sa composition (Bricca et al., British Journal of Sports Medicine, 2019).
L’idée « l’arthrose, c’est de l’usure, donc il faut ménager l’articulation » peut conduire à réduire excessivement l’activité physique. Or, le maintien de la force musculaire et des capacités fonctionnelles contribue au bon fonctionnement de l’articulation. L’objectif est donc de trouver une charge adaptée et progressive, en fonction de la situation de chacun.
Combien de séances, et l’exerthérapie est-elle remboursée en Suisse ?
L’exerthérapie peut être prise en charge dans le cadre de prestations de physiothérapie remboursées par l’assurance de base lorsqu’elle est réalisée par un physiothérapeute reconnu et sur prescription médicale. Une ordonnance couvre au maximum 9 séances, le traitement doit débuter dans les 5 semaines suivant la prescription, et l’ordonnance reste valable 3 mois. Au-delà de 36 séances cumulées, des dispositions particulières s’appliquent pour la poursuite du traitement. La franchise annuelle et la quote-part habituelle s’appliquent comme pour toute prestation de l’assurance de base. En cas d’accident, la prise en charge peut relever de l’assurance accidents (LAA).
Combien de temps faut-il, concrètement ? Cela dépend de l’indication, des objectifs et de l’évolution du patient. Certains programmes structurés étudiés dans l’arthrose s’étendent sur plusieurs semaines. Après une opération, la rééducation peut se poursuivre pendant plusieurs mois. La régularité du travail et les exercices réalisés entre les séances peuvent également jouer un rôle important. Le détail du cadre de remboursement figure dans notre page de questions fréquentes.
Comment cela se passe chez Dr.E. à Pully
Chez Dr.E. by Swiss Ortho Clinic, le bilan précède systématiquement la prescription du programme d’exercices. Les tests de force et d’équilibre fournissent des valeurs de référence chiffrées ; vous pouvez en savoir plus sur nos pages testez votre force et testez votre équilibre. Les séances se déroulent ensuite sur des appareils de renforcement connectés qui enregistrent chaque répétition, et les mêmes tests sont refaits à intervalles réguliers. L’ensemble du parcours est décrit dans notre processus de gestion thérapeutique.
L’encadrement médical est assuré par le Dr Santiago Echeverri, chirurgien orthopédiste FMH. Pour les personnes opérées au sein de Swiss Ortho Clinic, la rééducation s’appuie directement sur le compte rendu opératoire, ce qui facilite la continuité entre l’équipe chirurgicale et l’équipe de rééducation.
Un bilan initial permet de déterminer le programme adapté à votre situation et à vos objectifs. Une prescription médicale de physiothérapie est nécessaire pour une prise en charge par l’assurance de base. Pour planifier un bilan, contactez le centre.
Questions fréquentes sur l’exerthérapie
L’exerthérapie est-elle différente de la musculation ?
Oui. La musculation est une méthode d’entraînement qui peut avoir différents objectifs, notamment l’amélioration de la force, de la condition physique ou de la performance. En exerthérapie, des exercices de renforcement peuvent être utilisés dans un objectif thérapeutique défini après un bilan, avec une charge adaptée et une supervision.
Faut-il être sportif pour commencer ?
Non. Le programme part du niveau mesuré lors du bilan initial, quel qu’il soit. Les recommandations générales d’activité physique constituent un objectif de long terme, pas un prérequis.
L’exercice risque-t-il d’aggraver mon arthrose ?
Les données disponibles n’indiquent pas que l’exercice thérapeutique adapté dégrade le cartilage. Un programme adapté, progressif et supervisé tient compte de la douleur et de la situation individuelle. Certaines situations aiguës demandent d’adapter ou de reporter certains exercices : le bilan permet de définir ce qui est approprié dans chaque cas.
Faut-il une ordonnance médicale ?
Oui pour un remboursement par l’assurance de base. L’ordonnance est valable 3 mois, le traitement doit débuter dans les 5 semaines, et chaque ordonnance couvre au maximum 9 séances. Des dispositions particulières s’appliquent lorsque le traitement doit se poursuivre au-delà de plusieurs séries de séances.
Cet article a une visée informative. Il ne remplace pas une consultation médicale individuelle et ne constitue ni un diagnostic ni une promesse de résultat. Toute prise en charge est décidée après examen clinique.
Sources
- Fransen M et al. Exercise for osteoarthritis of the knee. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2015. doi.org/10.1002/14651858.CD004376.pub3
- Juhl C et al. Impact of exercise type and dose on pain and disability in knee osteoarthritis. Arthritis & Rheumatology, 2014. PMID 24574223
- Skou ST, Roos EM. Good Life with osteoArthritis in Denmark (GLA:D). BMC Musculoskeletal Disorders, 2017.
- Kise NJ et al. Exercise therapy versus arthroscopic partial meniscectomy for degenerative meniscal tear in middle aged patients. BMJ, 2016. PMID 27440192
- Bricca A et al. Impact of exercise on articular cartilage in people at risk of, or with established, knee osteoarthritis. British Journal of Sports Medicine, 2019.
- Bannuru RR et al. OARSI guidelines for the non-surgical management of knee, hip, and polyarticular osteoarthritis. Osteoarthritis and Cartilage, 2019.
- Sherrington C et al. Exercise for preventing falls in older people living in the community. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2019.
- physioswiss et FMH, questions fréquentes sur le remboursement de la physiothérapie (LAMal).