Mal de dos qui dure : pourquoi l’IRM et le repos ne règlent rien

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Révision médicale : Dr Santiago Echeverri, FMH chirurgie orthopédique

Le mal de dos est la première cause d’incapacité dans le monde. Près de quatre personnes sur dix en souffriront sérieusement au moins une fois dans leur vie. Et dans la grande majorité des cas, ça passe tout seul en quelques semaines.

Le vrai sujet, c’est la minorité de cas qui s’installent. Ces maux de dos-là représentent environ un cas sur cinq — et près de 80 % de ce que le mal de dos coûte à la société. C’est précisément dans cette situation que deux réflexes très répandus, faire une IRM et se reposer, donnent le moins de résultats.

« Mon IRM montre une usure des disques »

Cette phrase inquiète énormément de gens. Elle mérite d’être remise à sa place.

La plupart de ce qu’on voit sur une IRM du dos après 40 ans — disques pincés, disques déshydratés, petites excroissances osseuses, articulations usées — se trouve aussi, en abondance, chez des personnes qui n’ont jamais eu mal au dos de leur vie. Ce sont des marques du temps, comme les cheveux gris.

C’est pour ça que les recommandations internationales déconseillent de faire une IRM systématiquement quand il n’y a pas de signal d’alarme. Pas pour économiser : parce qu’une image ne suffit pas à expliquer une douleur, et parce qu’un compte rendu qui fait peur pousse à moins bouger — ce qui entretient exactement le problème qu’on essayait de résoudre.

Il y a un mot que vous entendrez peut-être : lombalgie « non spécifique ». Ça sonne comme un aveu d’impuissance, mais ce n’en est pas un. Ça veut dire que la douleur ne se résume pas à une pièce cassée qu’on pourrait pointer du doigt, et donc que le traitement doit viser ce que votre dos est capable de faire, plutôt qu’une image.

Attention toutefois : l’imagerie est indispensable dans certaines situations. Une chute ou un accident, de la fièvre, une perte de poids inexpliquée, une faiblesse ou un engourdissement qui s’aggrave dans une jambe, des problèmes pour contrôler la vessie ou les intestins, ou des antécédents de cancer. Là, il faut consulter rapidement.

Faut-il se reposer ?

Non. C’est l’un des points les mieux établis du domaine.

Une immense synthèse indépendante publiée en mars 2025 a rassemblé 31 revues scientifiques, portant sur 644 études et plus de 97 000 adultes. Sa conclusion est nette : le conseil de rester actif donne de meilleurs résultats que celui de rester couché.

Pour les douleurs dorsales persistantes, cette même synthèse montre que les programmes d’exercices permettent de réduire la douleur et d’améliorer la mobilité et les capacités fonctionnelles, par rapport aux soins habituels. Les prises en charge combinant plusieurs approches thérapeutiques donnent également de bons résultats. En revanche, les études ne montrent pas de bénéfice significatif des tractions par rapport à un traitement placebo.

Le cercle qu’il faut casser

Le mécanisme est simple, et redoutablement efficace.

Vous avez mal, donc vous évitez certains mouvements. En les évitant, vos muscles travaillent moins. Ils perdent de la force et de l’endurance. Votre dos supporte donc moins bien les contraintes du quotidien. Des gestes qui ne posaient aucun problème deviennent douloureux. Et cette douleur vous pousse à éviter encore plus.

C’est ce qu’on appelle le déconditionnement. Ce n’est pas ce qui a déclenché votre mal de dos au départ. Mais c’est très souvent ce qui fait qu’il ne part pas. Et c’est une bonne nouvelle : contrairement à un disque usé, le déconditionnement, ça se rattrape.

Quel exercice, concrètement ?

Une grande analyse a comparé les différentes méthodes entre elles, à partir de 89 études et plus de 5 500 patients. Voici ce qui en ressort :

  • pour la douleur : le Pilates, le travail de contrôle et de stabilité, et l’activité d’endurance (marche, vélo, natation) ;
  • pour retrouver de la capacité au quotidien : le renforcement contre résistance ;
  • pour le moral, qui compte plus qu’on ne le dit dans un mal de dos qui traîne : le renforcement et l’endurance ;
  • les étirements seuls ne faisaient pas mieux que ne rien faire ;
  • et, ce qui surprend souvent : les traitements où le thérapeute agit sur vous pendant que vous êtes passif figuraient parmi les moins efficaces.

Ce qu’il faut en retenir honnêtement : aucune méthode n’écrase les autres, et les bénéfices sont réels mais modérés. Ce qui compte le plus, ce n’est pas laquelle vous choisissez. C’est qu’elle soit active, qu’elle augmente progressivement, et que vous la mainteniez. La meilleure méthode, c’est en grande partie celle que vous ferez vraiment.

Pourquoi mesurer change quelque chose ?

Quand un mal de dos dure, la douleur est un mauvais indicateur de progrès. Elle varie avec le sommeil, le stress, la fatigue, la semaine que vous venez de passer. Se fier à elle seule peut donner une impression de progrès en dents de scie — et pousse souvent à abandonner un programme qui, en réalité, fonctionnait.

Un chiffre change cette conversation. Mesurer votre force au départ, puis la remesurer quelques semaines plus tard, permet de faire la différence entre une mauvaise semaine et une absence de progrès.

Pour beaucoup de personnes, c’est aussi ce qui rend l’effort supportable : voir noir sur blanc que les capacités s’améliorent, même si la douleur n’a pas encore vraiment diminué.

Faire travailler un dos douloureux, est-ce raisonnable ?

C’est l’appréhension la plus fréquente, et la réponse tient en un mot : le dosage.

Le problème, avec un dos douloureux, c’est qu’on hésite souvent entre deux extrêmes : ne rien faire, ou en faire trop et le payer pendant trois jours. Sur des machines conçues pour la colonne, on peut limiter le mouvement à l’amplitude où vous n’avez pas mal, et augmenter la charge par petits paliers. Vous faites travailler votre dos en restant dans une zone confortable, et vous augmentez progressivement la charge à mesure que vos capacités reviennent.

Se faire évaluer chez Dr.E, à Pully

Notre centre est encadré médicalement par le Dr Santiago Echeverri, chirurgien orthopédiste FMH. Le parcours commence par une mesure de votre force et de votre mobilité, se poursuit par un renforcement progressif, et se termine par une remesure. Nous prenons en charge les douleurs mécaniques du dos et de la nuque, sans douleur irradiant dans la jambe.

Le traitement est pris en charge par l’assurance maladie sur prescription de physiothérapie de votre médecin traitant ou de votre spécialiste. Contactez-nous pour un bilan.

Questions fréquentes

Faut-il faire une IRM quand on a mal au dos depuis longtemps ?

Pas systématiquement. En l’absence de signaux d’alarme, les recommandations déconseillent l’imagerie de routine : la plupart des usures visibles sont liées à l’âge et se retrouvent aussi chez des personnes sans douleur. L’IRM devient nécessaire en cas de faiblesse dans une jambe, d’accident, ou d’autres signaux d’alarme.

Faut-il rester couché quand le dos fait mal ?

Non. Rester actif donne de meilleurs résultats que rester alité. Adapter temporairement ses activités, oui ; s’immobiliser, non.

Quel est le meilleur exercice pour le mal de dos ?

Aucun ne se détache vraiment. Le Pilates, le travail de stabilité et l’endurance semblent surtout efficaces sur la douleur ; le renforcement semble surtout efficace pour améliorer les capacités au quotidien. Les étirements seuls et les traitements passifs sont parmi les moins efficaces. La régularité compte plus que le choix de la méthode.

Au bout de combien de temps est-ce que je vais sentir quelque chose ?

Comptez huit à douze semaines. Souvent, les capacités fonctionnelles s’améliorent avant que la douleur ne diminue vraiment — c’est normal, et c’est bon signe.

Quand faut-il consulter sans attendre ?

En cas de chute ou d’accident, de fièvre, de perte de poids inexpliquée, de faiblesse ou d’engourdissement qui s’aggrave dans une jambe, de difficulté à contrôler la vessie ou les intestins, ou si vous avez des antécédents de cancer.


Cet article donne une information générale et ne remplace pas l’avis de votre médecin.

Sources : synthèse Cochrane des traitements non médicamenteux et non chirurgicaux du mal de dos (31 revues, 644 études, 97 183 adultes), mars 2025 · analyse comparative des modalités d’exercice dans la lombalgie chronique, British Journal of Sports Medicine · recommandations de l’OMS sur la prise en charge non chirurgicale de la lombalgie chronique, 2023 · recommandations de pratique clinique, Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 2021.

Homme d'une cinquantaine d'années soulevant un carton d'une étagère basse, genoux fléchis, dans un local de rangement
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