Douleur à l’épaule qui dure : faut-il opérer, ou renforcer ?

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Révision médicale : Dr Santiago Echeverri, FMH chirurgie orthopédique

Ça fait des mois. Attraper quelque chose en hauteur, enfiler une veste, dormir sur ce côté : à chaque fois, la douleur à l’épaule se rappelle à vous. Le radiologue a parlé de tendons abîmés, peut-être d’un petit bec osseux. Une opération est évoquée.

Avant de décider, il est intéressant de se pencher sur les résultats d’une étude publiée en décembre 2025. Ils sont plutôt surprenants.

Ce que des chercheurs finlandais ont cherché à vérifier

Pour savoir si une opération marche vraiment, il faut la comparer à quelque chose. Une équipe finlandaise a comparé l’opération de l’épaule… à une chirurgie placebo.

Concrètement : 210 personnes de 35 à 65 ans, avec une douleur d’épaule depuis plus de trois mois. Tirage au sort en trois groupes. Le premier a reçu la véritable intervention. Le deuxième est entré au bloc, a été endormi, le chirurgien a regardé à l’intérieur de l’épaule — puis a refermé sans rien faire d’autre. Le troisième groupe n’a pas été opéré du tout : il a suivi un programme d’exercices.

Personne, ni les patients ni les médecins qui évaluaient les résultats, ne savait qui avait reçu la vraie opération et qui avait reçu l’intervention placebo. Et le suivi a duré dix ans.

Le résultat : aucune différence. Ni entre la vraie opération et l’intervention placebo, ni entre l’opération et les exercices. Les trois groupes allaient nettement mieux. Aucun n’allait mieux que les autres.

Est-ce qu’une seule étude suffit à conclure ?

Non — et c’est justement ce qui rend ces résultats convaincants : plusieurs études arrivent à la même conclusion.

Une grande étude britannique avait fait la même chose quelques années plus tôt, avec 313 patients répartis dans 32 hôpitaux. Même conclusion : l’opération ne faisait pas mieux que l’intervention placebo.

Quand des chercheurs ont ensuite rassemblé neuf études et plus de mille patients, le verdict était clair et solide : pas de bénéfice réel de cette opération, ni sur la douleur, ni sur la mobilité, ni sur la qualité de vie. Parallèlement, environ 6 personnes sur 1 000 ont présenté une complication sérieuse.

Ce qui ne veut pas dire que les gens opérés ne vont pas mieux. Ils vont mieux. Mais l’amélioration semble venir de tout ce qui entoure l’opération — le temps qui passe, l’attention reçue, la rééducation qui suit — plutôt que du geste chirurgical lui-même.

« Mais mon IRM montre une déchirure »

C’est là que se joue l’essentiel, et il y a un chiffre qui remet beaucoup de choses en place.

Une étude suédoise a suivi pendant dix ans des personnes qui attendaient une opération de l’épaule. Au départ, environ un quart avaient une déchirure dans les tendons de l’épaule douloureuse. Dix ans plus tard, ils étaient plus de la moitié.

Jusque-là, rien d’étonnant. Mais les chercheurs ont aussi regardé l’autre épaule — celle qui n’avait jamais fait mal. Au départ, 3 % avaient une déchirure. Dix ans plus tard : une sur deux.

Une épaule sur deux présentait donc une déchirure tout en étant parfaitement indolore.

Les tendons se modifient avec l’âge, comme la peau se ride. C’est fréquent, c’est souvent totalement silencieux, et voir une déchirure sur une image ne prouve pas qu’elle est la cause de votre douleur.

Alors qu’est-ce qui marche ?

Dans cette même étude suédoise, deux approches ont été comparées chez ces personnes en attente d’opération.

Le premier groupe faisait des exercices ciblés : renforcer précisément les tendons qui entourent l’articulation de l’épaule et les muscles qui stabilisent l’omoplate, avec une résistance qui augmente au fil des semaines. Le second faisait simplement bouger l’épaule dans tous les sens, sans charge.

Au bout de dix ans, 35 % des personnes du premier groupe avaient fini par se faire opérer, contre 65 % du second. Presque le double. Et celles qui ne s’étaient pas fait opérer avaient une meilleure épaule que celles qui l’avaient fait.

Le mot important, c’est ciblés. Bouger son épaule ne suffit pas. Il faut la faire travailler contre une résistance, en ciblant les bons muscles et en augmentant progressivement l’effort chaque semaine.

Faut-il beaucoup de séances ?

Il faut toutefois apporter ici une précision importante, car les résultats ne sont peut-être pas ceux auxquels on s’attendrait.

La plus grande étude jamais menée sur ce sujet a suivi 708 patients britanniques. Elle comparait un programme d’exercices supervisé sur plusieurs séances… à une seule séance de bons conseils donnés par un physiothérapeute. Au bout d’un an, les résultats étaient les mêmes.

Ce que cela nous dit : ce n’est pas le nombre de rendez-vous qui compte. C’est que le bon travail soit réellement fait — que vous sachiez quoi faire, comment progresser, et que vous le fassiez.

Cette même étude a aussi regardé les infiltrations de cortisone. Elles apportaient un vrai soulagement vers deux mois, surtout chez les personnes qui souffraient le plus. Mais à un an, plus aucune différence avec les gens qui n’en avaient pas reçu. Une infiltration peut apporter un soulagement temporaire et permettre de commencer à bouger lorsque la douleur vous en empêche. Mais elle ne remplace pas la rééducation.

L’accompagnement d’un professionnel reste utile quand la douleur vous empêche de savoir jusqu’où aller, quand vous stagnez, ou quand vous compensez sans vous en rendre compte. Mais l’essentiel du bénéfice, c’est vous qui le produisez.

Et quand faut-il vraiment opérer ?

Rien de tout cela ne dit qu’on n’opère jamais une épaule.

Ces études portent sur un profil précis : une douleur installée depuis des mois, sans accident récent. D’autres situations méritent un avis chirurgical rapide :

  • une déchirure survenue lors d’une chute ou d’un accident net, surtout chez une personne jeune ou active ;
  • une vraie perte de force, ou l’impossibilité de lever le bras tout seul ;
  • une épaule qui se déboîte de façon répétée ;
  • ou l’échec d’un programme de renforcement sérieux et suffisamment long.

C’est une décision qui vous appartient, avec votre médecin. Ces données ne sont pas là pour la prendre à votre place — elles sont là pour vous permettre d’en discuter en connaissant clairement les bénéfices et les limites de chaque option.

Quatre questions à poser à votre médecin

  • Ma douleur ressemble-t-elle à une usure installée, ou à une déchirure survenue lors d’un accident ? Ce n’est pas le même raisonnement.
  • Ai-je vraiment essayé un renforcement ciblé de l’épaule — pas seulement des mouvements sans résistance ?
  • Quelle est ma force d’épaule aujourd’hui, en chiffres, et comment évolue-t-elle ?
  • Si je me fais opérer, qu’est-ce que j’y gagne de plus par rapport au fait de continuer à renforcer ?

Comment nous travaillons chez Dr.E

Notre centre est encadré médicalement par le Dr Santiago Echeverri, chirurgien orthopédiste FMH. Cela permet d’évaluer objectivement la nécessité d’une opération de l’épaule — sans parti pris pour ou contre — et de la retenir lorsqu’elle représente réellement la meilleure option.

Le parcours commence par une mesure : votre force et votre mobilité, en chiffres. Le renforcement se fait ensuite sur des machines conçues pour l’épaule, qui permettent de travailler uniquement dans l’amplitude où vous n’avez pas mal, avec une charge qui augmente progressivement. Puis on remesure, pour vérifier objectivement que votre force et votre mobilité progressent, indépendamment des sensations du moment.

Le traitement est pris en charge par l’assurance maladie sur prescription de physiothérapie de votre médecin traitant ou de votre spécialiste. Contactez-nous pour un bilan.

Questions fréquentes

L’opération de l’épaule sert-elle à quelque chose ?

Pour une douleur installée depuis des mois sans accident récent, les études qui l’ont comparée à une intervention placebo ne trouvent pas de bénéfice supplémentaire — ni par rapport à l’intervention placebo, ni par rapport aux exercices. C’est différent pour une déchirure survenue lors d’un traumatisme.

Une déchirure de tendon doit-elle toujours être réparée ?

Non. Les déchirures liées à l’âge sont très fréquentes et souvent indolores : dans un suivi sur dix ans, une épaule sur deux n’ayant jamais fait mal en présentait une. Une déchirure survenue lors d’une chute, surtout avec une perte de force, c’est une autre histoire et cela justifie un avis rapide.

Combien de temps avant que le renforcement fasse effet ?

Comptez huit à douze semaines. Les tendons répondent lentement — c’est le rythme normal, pas un signe que ça ne marche pas.

Les infiltrations de cortisone sont-elles utiles ?

Elles soulagent réellement vers deux mois, surtout si vous souffrez beaucoup. Mais à un an, elles ne changent rien par rapport à ne pas en faire. Elles peuvent apporter un soulagement temporaire suffisant pour permettre de recommencer à bouger, mais elles ne remplacent pas la rééducation.

Peut-on renforcer une épaule qui fait mal ?

Oui, si c’est bien dosé. En restant dans l’amplitude où vous n’avez pas mal, avec une résistance contrôlée qui augmente progressivement, on fait travailler les muscles sans irriter l’articulation.


Cet article donne une information générale et ne remplace pas l’avis de votre médecin.

Sources : suivi à 10 ans de l’essai FIMPACT (chirurgie contre chirurgie placebo), BMJ, décembre 2025 · essai CSAW, The Lancet, 2018 · revue systématique sur la décompression sous-acromiale, British Journal of Sports Medicine, 2019 · suivi à 10 ans d’un essai comparant exercices ciblés et exercices sans charge, 2024 · essai GRASP, The Lancet, 2021.

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