Douleur sur le côté de la hanche : ce n’est presque jamais une « bursite »

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Révision médicale : Dr Santiago Echeverri, FMH chirurgie orthopédique

Vous avez mal sur le côté de la hanche, juste sur l’os qui ressort. Vous ne pouvez plus dormir de ce côté-là. Les escaliers sont douloureux, tout comme le fait de rester debout longtemps ou de se relever d’un fauteuil bas.

On vous a probablement dit « bursite ». Et on vous a probablement proposé une infiltration.

Dans la grande majorité des cas, ce diagnostic n’est pas le bon. Et comme il n’est pas le bon, le traitement part dans la mauvaise direction.

Ce qui se passe réellement

Le mot « bursite » désigne l’inflammation d’une petite poche de liquide qui sert d’amortisseur entre l’os et les tendons. C’est une explication logique. Le problème, c’est que quand on regarde de près — à l’imagerie, ou pendant une opération — ce n’est presque jamais ça qu’on trouve.

Ce qu’on trouve, la plupart du temps, c’est un tendon fessier qui supporte mal les contraintes auxquelles il est soumis. Les muscles des fesses s’attachent sur cet os saillant du côté de la hanche par des tendons, et ce sont eux qui souffrent. Et quand on examine ce tissu au microscope, l’inflammation qu’on s’attendrait à trouver n’y est pas.

Cette distinction est importante, car elle change la manière de traiter le problème. Une inflammation, on la calme avec un anti-inflammatoire. Un tendon en difficulté doit être progressivement renforcé et remis en charge. Ce sont deux traitements complètement différents — et l’un des deux marche beaucoup mieux dans la durée.

Est-ce que c’est fréquent ?

Beaucoup plus qu’on ne le croit. Cette douleur touche environ une femme sur quatre après 50 ans.

Et son impact est souvent sous-estimé. Dans les études, l’impact sur la qualité de vie est comparable à celui d’une arthrose de hanche sévère. Le sommeil y est pour beaucoup : vous ne pouvez plus vous allonger sur le côté douloureux, et souvent pas non plus sur l’autre, parce que la jambe du dessus vient appuyer sur la hanche du dessous. Beaucoup de personnes vivent avec ça pendant des années en pensant que c’est « juste l’âge ». Ça ne l’est pas, et ça se traite.

Ce qu’une étude australienne a comparé

Des chercheurs ont réuni 204 personnes de 35 à 70 ans (majoritairement des femmes, âge moyen 55 ans) qui avaient cette douleur depuis plus de trois mois. Trois groupes, tirés au sort :

  • des explications sur la façon de soulager le tendon, plus des exercices ciblés : 14 séances sur huit semaines ;
  • une infiltration de cortisone ;
  • rien de particulier : quelques conseils de base, et on attend.

Au bout de deux mois, les résultats étaient déjà nets : environ 3 personnes sur 4 allaient mieux dans le groupe explications + exercices. Un peu moins de 6 sur 10 dans le groupe infiltration. Moins de 3 sur 10 dans le groupe qui attendait.

Mais c’est à un an que ça devient intéressant. Le groupe explications + exercices était toujours à environ 8 personnes sur 10 qui allaient bien. Le groupe infiltration était descendu à un peu moins de 6 sur 10 — c’est-à-dire pratiquement le même résultat que le groupe qui n’avait rien fait du tout.

Pourquoi l’infiltration finit par s’essouffler ?

Il y a deux raisons, et elles sont toutes les deux compréhensibles.

La première est biologique. La cortisone soulage, mais elle peut aussi avoir des effets négatifs sur le tissu tendineux, notamment en ralentissant sa réparation et en diminuant sa résistance mécanique. On soulage donc le symptôme tout en risquant de fragiliser le tissu concerné.

La seconde est très humaine. Quand la douleur disparaît en quelques jours, on relâche naturellement les efforts. On recroise les jambes, on oublie les exercices, on reprend les habitudes qui exerçaient une pression excessive sur le tendon. Et quand l’effet retombe au bout de quelques semaines, le réflexe devient de redemander une infiltration plutôt que de s’y remettre.

Cela ne rend pas l’infiltration inutile. Quand la douleur est telle qu’on ne peut rien commencer, elle peut permettre d’amorcer la rééducation dans de meilleures conditions. Mais si rien ne suit derrière, au bout d’un an, le résultat peut ne pas être meilleur qu’en l’absence de traitement actif.

Soulager le tendon, ce n’est pas se reposer.

C’est l’un des principaux malentendus. Votre tendon ne souffre pas d’en faire trop. Il souffre surtout d’être comprimé contre l’os de la hanche dans certaines positions. Repérer et éviter ces positions peut parfois améliorer les choses en quelques jours.

Les grands coupables :

  • Croiser les jambes, assise ou allongée.
  • Se tenir en appui sur une hanche quand on est debout — la posture qu’on prend en attendant quelque part, en portant un sac lourd, ou en calant un enfant sur la hanche.
  • Dormir sur le côté douloureux — ou sur l’autre côté sans coussin entre les genoux, parce que la jambe du dessus tombe alors en travers et comprime le tendon contre l’os de la hanche.
  • Les sièges bas et profonds, canapés mous compris.

Et un piège qui mérite d’être signalé, parce qu’il est extrêmement répandu : les étirements. Tirer fort sur la fesse ou sur le côté de la cuisse, c’est exactement le mouvement qui comprime le tendon contre l’os. Beaucoup de personnes s’étirent consciencieusement tous les matins en croyant bien faire — et entretiennent le problème.

Une fois ces positions retirées, l’autre moitié du travail commence : remuscler progressivement les fessiers, ces muscles sur le côté de la hanche qui écartent la jambe. Pas les étirer. Les renforcer.

Combien de temps ?

Dans l’étude, le programme durait huit semaines — et le bénéfice était encore là, voire meilleur, un an plus tard.

C’est l’ordre de grandeur réaliste : quelques semaines pour sentir un vrai changement, quelques mois pour consolider. Les tendons réagissent mal aussi bien à une immobilité prolongée qu’à une augmentation brutale de la charge. La régularité compte plus que l’intensité.

Une douleur proche à connaître

Si la douleur n’est pas sur le côté mais sous la fesse, sur l’os sur lequel on s’assoit, et qu’elle empire quand vous restez assise longtemps ou que vous montez une côte, il peut s’agir d’un tendon différent — celui des ischio-jambiers, à l’arrière de la cuisse. C’est moins connu, souvent mal identifié, et cela se traite selon les mêmes principes : réduire la compression, puis renforcer progressivement.

Se faire évaluer chez Dr.E, à Pully

Notre centre est encadré médicalement par le Dr Santiago Echeverri, chirurgien orthopédiste FMH. Ce diagnostic se pose surtout par l’examen clinique — l’imagerie sert davantage à écarter d’autres causes qu’à confirmer.

L’évaluation commence par une mesure de la force de vos fessiers. Ce chiffre devient à la fois l’objectif et le repère : c’est lui qui vous dira si ça progresse, indépendamment des bons et des mauvais jours. Le renforcement se fait ensuite sur des machines à charge contrôlée qui permettent de travailler sans mettre le tendon en compression, en augmentant progressivement la charge. Puis on remesure.

Le traitement est pris en charge par l’assurance maladie sur prescription de physiothérapie de votre médecin traitant ou de votre spécialiste. Contactez-nous pour un bilan.

Questions fréquentes

Comment savoir si c’est le tendon ou de l’arthrose de hanche ?

L’endroit n’est pas le même. L’arthrose de hanche fait typiquement mal dans le pli de l’aine, parfois devant la cuisse. Le tendon fessier fait mal sur le côté, sur l’os qui ressort, avec une douleur quand on appuie dessus et surtout quand on s’allonge de ce côté. Seul un examen permet de trancher.

Faut-il faire une IRM ?

Pas systématiquement. Le diagnostic se pose le plus souvent en discutant et en testant quelques mouvements. L’imagerie devient utile en cas de doute ou si ça n’évolue pas comme prévu.

Dois-je arrêter de marcher ou de faire du sport ?

Rarement. Le but est de retirer les positions qui compriment le tendon et d’ajuster si nécessaire la quantité d’activité, pas de tout arrêter — l’inactivité affaiblit les muscles et peut aggraver le problème à long terme.

Les étirements aident-ils ?

Non, et ils font souvent l’inverse. Tirer fort sur la fesse ou le côté de la cuisse comprime le tendon contre l’os. C’est l’une des erreurs les plus fréquentes sur cette douleur.

Pourquoi les femmes après 50 ans surtout ?

Cette douleur touche environ une femme sur quatre après 50 ans. La forme du bassin y contribue, ainsi que les changements de la musculature au fil des années. C’est justement pour ça qu’entretenir la force des fessiers est particulièrement bénéfique à cet âge.


Cet article donne une information générale et ne remplace pas l’avis de votre médecin.

Sources : essai LEAP (explications et exercices contre infiltration de cortisone contre attente), BMJ, 2018 · revue systématique des traitements de la tendinopathie fessière, 2025 · revue sur les tendinopathies de la hanche, Rheumatology Advances in Practice, 2024.

Femme d'une cinquantaine d'années assise au bord de son lit au petit matin, après une nuit interrompue par une douleur de hanche
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